Al Aminou Lô : « sobriété, gravité, risque technocratique »… un expert analyse sa communication et sa méthode
Interrogé par L’Observateur, le spécialiste en communication institutionnelle Assane Niang décrypte la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. À ses yeux, le successeur…
Interrogé par L’Observateur, le spécialiste en communication institutionnelle Assane Niang décrypte la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. À ses yeux, le successeur de Ousmane Sonko a privilégié une communication « sobre, grave et maîtrisée », sans confrontation ni théâtralisation. Cette posture contribue à installer une image de sérieux et de stabilité, même si l’ensemble peut parfois paraître trop uniforme.
Continuité du cap et évolution de la méthode
Sur le fond, l’expert relève d’abord un message de continuité. Le référentiel Sénégal 2050 demeure la matrice de l’action gouvernementale. Mais derrière cette continuité, il identifie une évolution de la méthode : « le cap demeure, mais la méthode évolue ». Ahmadou Al Aminou Lô entend faire de « l’exécution, du suivi, de l’évaluation et de la culture du résultat » sa marque propre. Il se positionne ainsi davantage comme le gestionnaire et le garant de la performance publique, sans chercher à concurrencer le Président sur la vision ni à renier l’action de son prédécesseur.
Pour l’analyste, l’abondance de chiffres sur l’emploi, l’agriculture, l’éducation, la santé, l’énergie ou le logement participe à cette volonté de rendre l’action publique mesurable. Mais elle constitue aussi une exigence pour le Gouvernement : « plus le Gouvernement chiffre son action, plus il devra demain rendre compte, point par point, de ce qui a été effectivement réalisé ».
Risque technocratique et non-dits du discours
La principale faiblesse de cette communication réside justement dans cette accumulation de données. Selon le consultant, elle peut donner une impression de maîtrise technique tout en créant un risque de « saturation technocratique ». Le défi sera donc de traduire les annonces en résultats concrets et compréhensibles pour les citoyens, tout en distinguant clairement les diagnostics, les objectifs, les projections et les engagements fermes.
Assane Niang relève également plusieurs non-dits. La DPG semble réaffirmer une répartition des rôles entre le Président, qui fixe la vision, le Gouvernement, chargé de l’exécution, et l’Assemblée nationale, qui contrôle. L’insistance sur le suivi, les délais et l’évaluation laisse aussi entendre que le principal défi n’est plus nécessairement la définition de la vision, mais sa mise en œuvre. Enfin, dans un contexte de ressources limitées, le Gouvernement devra hiérarchiser ses priorités et préciser ce qui sera financé immédiatement ou différé.
Au final, l’expert juge la DPG « cohérente dans sa communication institutionnelle ». Sa force réside dans la sobriété, la stabilité et la volonté de rendre l’action mesurable. Sa faiblesse tient au risque de « saturation technocratique » et à la confusion possible entre promesse et projection. Pour l’interlocuteur du quotidien du Groupe futurs médias, le changement ne porte donc pas véritablement sur le cap, mais sur la manière de gouverner. En privilégiant « la communication par les chiffres, les indicateurs et la preuve », le chef du gouvernement a surtout fixé le critère sur lequel son Gouvernement sera désormais jugé : « l’exécution ».