La coupe amère de Mamy

La Justice mauricienne a donc intelligemment considéré que ce serait trop risqué d'accorder une liberté provisoire à Mamy Ravatomanga, et a décidé son maintien en détention. Le risque de fuite et d'ingérence ont été parmi les arguments utilisés comme justifications pour rejeter la demande de mise en liberté sous caution. Le souvenir de la fuite du franco-libanais Carlos Ghosn du Japon a probablement été présent dans les mémoires. Avec les moyens considérables financiers et logistiques dont (…) - Politique

La coupe amère de Mamy

La Justice mauricienne a donc intelligemment considéré que ce serait trop risqué d'accorder une liberté provisoire à Mamy Ravatomanga, et a décidé son maintien en détention. Le risque de fuite et d'ingérence ont été parmi les arguments utilisés comme justifications pour rejeter la demande de mise en liberté sous caution. Le souvenir de la fuite du franco-libanais Carlos Ghosn du Japon a probablement été présent dans les mémoires. Avec les moyens considérables financiers et logistiques dont Mamy Ravatomanga dispose également, il n'est pas inconcevable qu'un parallèle puisse potentiellement être envisagé, d'où la méfiance des juges mauriciens qui sont restés imperméables à la campagne de communication visant à influencer l'opinion publique en sa faveur. En particulier, les interventions médiatiques de son épouse n'ont pas réussi à faire de son mari une pauvre victime innocente d'un complot visant à l'éliminer politiquement.

Mamy Ravatomanga traîne depuis des années une réputation sulfureuse, animée par des rumeurs sur la façon dont ses relations d'affaires avec ses mentors Alfred Raboanarijaona et Tovonanahary Rabetsitonta se sont terminées en queue de poisson. Ces rumeurs ont tellement été persistantes qu'elles ont été évoquées lors des rares talk-show télévisé auxquelles il s'est prêté avec des journalistes auxquels il a donné l'autorisation de poser la question pour lui donner l'occasion de répondre. Le dernier en date a eu lieu quelques semaines avant sa fuite en exil en octobre 2025, et la parade systématique a été invariable : « sortez les preuves ! ».

D'ailleurs, on ne compte plus les réactions favorables sur les réseaux sociaux après ces interventions télévisées destinées à le dédiaboliser. Beaucoup avaient trouvé que finalement, le personnage ne correspondait pas à sa mauvaise réputation. Il faut dire que l'homme avait un talent et un aplomb qui pouvaient donner le change aux crédules et aux peu regardants. D'autres choisissaient comme posture de considérer que quelles que soient ses pratiques, ses investissements et les emplois créés restent à Madagascar, ce qui devrait justifier une certaine tolérance à son égard. On serait curieux d'entendre la réaction de ces tenants d'un patriotisme économique dévoyé au vu des chiffres vertigineux annoncés par les enquêteurs mauriciens.

On se souvient également des représailles judiciaires que Mamy Ravatomanga a tentées de téléguider contre le bureau malgache de Transparency International, qui avait osé porter plainte à cause des suspicions de corruption dans la filière letchi depuis qu'il s'y était impliqué. Fait suffisamment rare pour être mentionné : c'est un communiqué du corps diplomatique qui a fait reculer le régime Rajoelina.

On rappellera également la confession enregistrée de la députée Lanto Rakotomanga, qui avait avoué à Andry Rajoelina que c'est elle et le magistrat Dina Andriamaholy qui avaient obéi à Mamy Ravatomanga pour faire emprisonner Rolly Mercia, qui avait osé témoigner dans une plainte contre lui auprès de la Justice française.

Sans aller jusqu'à évoquer les rumeurs sur d'autres sujets, comme le traitement express par le ministère des Finances en-dehors de toute orthodoxie financière des factures du groupe Sodiat, les faits mentionnés ci-dessus suffisent pour mettre en doute le portrait du bon dieu sans confession que son épouse Haingo Ravatomanga tente de faire de son mari.

Mamy Ravatomanga a donc été rattrapé par les bras de la Justice, après avoir fait la pluie et le beau temps à Madagascar. Durant des décennies, Mamy Ravatomanga a donc bénéficié, au mieux d'une complaisance, et au pire d'une complicité de la part de nombreux Malgaches, y compris ceux qui trouvaient acceptable de fermer les yeux, sous prétexte que pour une fois, c'est un Malgache qui réussit économiquement, et non un karana ou un vazaha.

Heureusement que ce dossier est géré par la Justice de l'île Maurice, pays soucieux de son image internationale en matière de bonne gouvernance et d'état de droit, car elle garantit la confiance des investisseurs. Contrairement à d'autres pays où la Justice est moins scrupuleuse, comme en témoignent les sorties miraculeuses de prison de prisonniers chinois ou de condamnés nationaux, ou encore les certificats médicaux magiques pour faire emprisonner des innocents.

Il a suffi que les Mauriciens enquêtent pour que sortent les dossiers et les preuves que Ravatomanga réclamait avec arrogance. Selon le Financial Crimes Commission de l'île Maurice (FCC), il y a des suspicions de blanchiment d'argent évalué par le moment à 163 millions de dollars américains, même si, suivant la formule consacrée, il est présumé innocent jusqu'à ce qu'il soit déclaré coupable. Ce qui est désolant dans cette histoire, c'est qu'il a fallu moins d'un an au système judiciaire mauricien pour soulever le couvercle sur de potentielles malversations de l' empire économique de celui surnommé « PDG », alors que le système judiciaire malgache a été muet et aveugle pendant des décennies. La bonne question est-elle "Pourquoi ?", "Comment ?", ou "Combien ?".

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