Urbanisation : le remblayage illégal sur le By-Pass, relance la question de l'expansion du Grand Antananarivo

La question du remblayage dans la capitale et ses environs revient sur le tapis, après l'intervention du colonel Michaël Randrianirina sur la route du By-pass. Les contrôles engagés par les autorités relancent un débat qui accompagne depuis longtemps l'évolution du Grand Antananarivo. Derrière les sanctions annoncées contre des travaux jugés irréguliers, une autre réalité s'impose progressivement : la capitale poursuit son extension et cette urbanisation passera inévitablement par (…) - Société

Urbanisation : le remblayage illégal sur le By-Pass, relance la question de l'expansion du Grand Antananarivo

La question du remblayage dans la capitale et ses environs revient sur le tapis, après l'intervention du colonel Michaël Randrianirina sur la route du By-pass. Les contrôles engagés par les autorités relancent un débat qui accompagne depuis longtemps l'évolution du Grand Antananarivo. Derrière les sanctions annoncées contre des travaux jugés irréguliers, une autre réalité s'impose progressivement : la capitale poursuit son extension et cette urbanisation passera inévitablement par l'aménagement de nouveaux terrains, à condition que tout soit réalisé dans le respect de la loi.

Mercredi soir, alors qu'il rentrait du Conseil des ministres tenu au palais d'État d'Iavoloha, le président de la Refondation de la République de Madagascar a ordonné l'immobilisation de plusieurs camions transportant des remblais sur la route du By-pass. Les véhicules sont restés sur place jusqu'au lendemain matin afin que les vérifications puissent être effectuées publiquement. Jeudi, le chef de l'État est revenu sur les lieux en compagnie du ministre de l'Aménagement du territoire et des Services fonciers, le général Lylyson René de Rolland.

À l'issue des premières constatations, le ministre a indiqué que le terrain concerné est bien destiné à accueillir des constructions, mais qu'aucune autorisation n'avait encore été délivrée par son département. Les travaux avaient donc été engagés en dehors du cadre réglementaire. Le président a également affirmé que d'autres camions avaient été interceptés à Ambohimanambola, laissant penser que ces pratiques ne concernent pas uniquement Alasora.

Les autorités ont annoncé la mise en fourrière des camions, l'arrêt immédiat des travaux, le scellement du chantier, le refus de délivrer un permis de construire au promoteur ainsi que des sanctions contre les propriétaires des véhicules et les responsables des travaux. Elles rappellent également que chaque remblayage doit être précédé d'une étude technique et recevoir l'autorisation du ministère de l'Aménagement du territoire et des Services fonciers.

Cette affaire rappelle toutefois que le remblayage n'est pas un phénomène nouveau à Antananarivo. Une grande partie de la capitale actuelle s'est développée grâce à des opérations d'assèchement, de remblaiement et d'aménagement réalisées au fil de son histoire. Au début du XX ? siècle, l'administration coloniale française a notamment asséché et remblayé une vingtaine d'hectares de marais et de rizières au pied de la Haute Ville afin de créer le quartier d'Analakely, aujourd'hui considéré comme le cœur économique de la capitale. Ces travaux ont également permis l'aménagement de l'actuelle avenue de l'Indépendance, des escaliers d'Analakely et de la gare de Soarano.

Le développement de Mahamasina s'inscrit lui aussi dans cette transformation progressive de la ville basse. Durant la période coloniale, d'importants travaux de drainage, de remblaiement et d'assainissement ont été réalisés dans cette vaste plaine afin de permettre son urbanisation et la construction de nouvelles infrastructures.

Après l'indépendance, cette dynamique s'est poursuivie avec la création de la cité des 67 Ha. Les travaux ont débuté en 1967 sur un secteur qui se trouvait alors en dehors de la ville urbanisée. Le site était encore presque entièrement occupé par des rizières et ne comptait que quelques dizaines de constructions dispersées. Ce projet illustre lui aussi la manière dont Antananarivo s'est progressivement étendue vers ses périphéries.

Ces rappels historiques montrent que l'urbanisation d'Antananarivo s'est construite, en partie, grâce au remblayage. Avec une population en constante augmentation et une Commune urbaine aujourd'hui largement saturée, l'ouverture de nouveaux quartiers, la construction de logements, d'écoles, d'hôpitaux, de routes ou de zones d'activités nécessiteront encore l'aménagement de nouveaux espaces dans les communes voisines.

Le remblayage devrait donc continuer à accompagner le développement du Grand Antananarivo. En revanche, il ne pourra plus être réalisé sans une planification rigoureuse. Chaque projet devra respecter les procédures administratives, les études techniques et les prescriptions environnementales. L'occupation de nouvelles zones devra également s'accompagner d'ouvrages capables de préserver l'équilibre hydraulique de la capitale.

La création de bassins de rétention, de zones tampons, de réseaux d'assainissement performants et d'autres infrastructures destinées à limiter les risques d'inondation devra ainsi faire partie intégrante de chaque programme d'aménagement. Cette responsabilité relève avant tout de l'État, appelé à organiser l'expansion de la capitale tout en conciliant urbanisation, protection de l'environnement et sécurité des populations.

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