Affaire Mor Mbaye Cissé : Quand le journalisme se retrouve dans le box des accusés ! •⁠ (Par Ndiawar Diop )

Affaire Mor Mbaye Cissé : Quand le journalisme se retrouve dans le box des accusés ! •⁠ (Par Ndiawar Diop ) Cet article Affaire Mor Mbaye Cissé : Quand le journalisme se retrouve dans le box des accusés ! •⁠ (Par Ndiawar Diop ) est apparu en premier sur KEWOULO.

Affaire Mor Mbaye Cissé : Quand le journalisme se retrouve dans le box des accusés ! •⁠ (Par Ndiawar Diop )

L’arrestation et le placement en garde à vue du journaliste Mor Mbaye Cissé suscitent une vive émotion au sein de la profession et ravivent un débat qui traverse depuis plusieurs années le paysage médiatique sénégalais : celui de l’utilisation du délit de diffusion de fausses nouvelles contre les journalistes.

Au-delà de la personne de Mor Mbaye Cissé, c’est la question de la liberté de la presse qui se retrouve aujourd’hui au cœur des préoccupations. Dans une démocratie moderne, le journaliste a pour mission d’informer le public sur des faits d’intérêt général, souvent dans un contexte où les informations évoluent rapidement au fil des enquêtes et des procédures judiciaires. Les premiers éléments d’une affaire ne correspondent pas toujours aux conclusions définitives des investigations. Cette réalité est connue de tous les acteurs de la chaîne judiciaire.

Dans le dossier qui vaut aujourd’hui des poursuites au journaliste de Seneweb, les informations publiées étaient basées sur des déclarations initiales attribuées à une personne mise en cause. Or, il est fréquent dans les procédures pénales que les déclarations changent, que de nouveaux éléments apparaissent ou que les enquêteurs parviennent à des conclusions différentes après approfondissement du dossier. Faut-il pour autant criminaliser le travail journalistique lorsqu’il rapporte fidèlement des informations disponibles à un instant donné ? La question mérite d’être posée.

L’inquiétude est d’autant plus grande que le recours à l’infraction de diffusion de fausses nouvelles est régulièrement dénoncé par les organisations de défense de la liberté de la presse à travers le monde. Plusieurs institutions internationales considèrent que ce type d’incrimination peut être utilisé de manière excessive et devenir un instrument de pression sur les professionnels de l’information. Dans de nombreux pays démocratiques, les erreurs de bonne foi commises dans l’exercice du métier sont généralement corrigées par des rectifications, des droits de réponse ou des recours civils plutôt que par des poursuites pénales pouvant conduire à une privation de liberté.

Le Sénégal a longtemps été cité comme l’un des pays africains les plus respectueux de la liberté de la presse. Cette réputation a été bâtie grâce à des générations de journalistes qui ont contribué à l’enracinement de la démocratie, à la transparence de la vie publique et au contrôle citoyen de l’action des gouvernants. Chaque fois qu’un journaliste est arrêté pour un contenu publié dans le cadre de son travail, c’est l’image même de cette tradition démocratique qui est interrogée.

Il ne s’agit pas ici de placer les journalistes au-dessus des lois ni de leur accorder une immunité particulière. La presse doit répondre de ses actes lorsqu’il existe une intention manifeste de nuire ou de manipuler l’opinion. Mais dans un État de droit, la sanction doit demeurer proportionnée et tenir compte de la nature même du métier de journaliste, qui consiste à informer dans un environnement où l’information est souvent mouvante et imparfaite.

La multiplication des procédures pénales contre des professionnels des médias risque d’installer un climat de peur et d’autocensure. Or, une presse qui craint les poursuites pour chaque information sensible finit par renoncer à enquêter sur les sujets qui dérangent. Ce serait une perte immense pour la démocratie sénégalaise, qui a toujours tiré sa force de la vitalité de son débat public et de la pluralité de ses médias.

L’affaire Mor Mbaye Cissé dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Elle pose la question de la place accordée à la liberté d’informer dans notre société et de la nécessité de poursuivre les réformes visant à dépénaliser les délits de presse. Dans une République attachée aux principes démocratiques, la réponse aux erreurs journalistiques doit privilégier la contradiction, la transparence et le débat public plutôt que la prison.

L’histoire montre que les sociétés les plus fortes ne sont pas celles qui réduisent leurs journalistes au silence, mais celles qui acceptent la critique, protègent la liberté d’expression et garantissent à leurs citoyens le droit fondamental d’être informés.

 

Cet article Affaire Mor Mbaye Cissé : Quand le journalisme se retrouve dans le box des accusés ! •⁠ (Par Ndiawar Diop ) est apparu en premier sur KEWOULO.