Les dirigeants de la Refondation rejettent les recommandations de la SADC sur les détenus politiques et les exilés

Il fallait s'attendre à cette riposte des autorités malgaches après les recommandations formulées par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à l'issue de son sommet extraordinaire de lundi. L'organisation régionale a abordé les sujets les plus sensibles de la crise politique malgache. Visiblement, les demandes de libération des détenus politiques et de retour des exilés politiques, après la chute du régime d'Andry Rajoelina à la suite des manifestations populaires de (…) - Politique

Les dirigeants de la Refondation rejettent les recommandations de la SADC sur les détenus politiques et les exilés

Il fallait s'attendre à cette riposte des autorités malgaches après les recommandations formulées par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) à l'issue de son sommet extraordinaire de lundi. L'organisation régionale a abordé les sujets les plus sensibles de la crise politique malgache. Visiblement, les demandes de libération des détenus politiques et de retour des exilés politiques, après la chute du régime d'Andry Rajoelina à la suite des manifestations populaires de septembre 2025 ayant conduit le colonel Michaël Randrianirina au pouvoir, ne seront pas suivies.

Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, qui a lui-même participé au sommet extraordinaire de la SADC, a réagi à son retour d'un déplacement de quelques jours à Morondava. Il a voulu apporter des « précisions » sur la question des exilés politiques. Selon lui, les personnes concernées n'ont jamais été forcées de quitter Madagascar. « Ils ont fui d'eux-mêmes », a-t-il déclaré, estimant qu'elles avaient « des choses à se reprocher ». Il a ajouté qu'elles pouvaient rentrer librement au pays, tout en rappelant que les poursuites contre les personnes soupçonnées de détournement de fonds publics ou de pillage des richesses nationales se poursuivraient.

Le colonel Michaël Randrianirina a également affirmé que la concertation nationale sera ouverte à toutes les sensibilités politiques malgaches, conformément à la recommandation de la SADC. Il a toutefois précisé qu'elle sera réservée aux personnes reconnues comme Malgaches. Cette déclaration est largement interprétée comme une allusion à l'ancien président Andry Rajoelina, dont la nationalité malgache est contestée par les autorités actuelles.

Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a lui aussi rejeté les recommandations de la SADC. Interrogé en marge des ateliers d'évaluation de Madagascar sur la lutte contre la corruption au Novotel Alarobia, il a affirmé qu'« il n'y a pas de détenu politique à Madagascar ». Selon lui, les personnes actuellement en détention sont poursuivies pour avoir enfreint la loi et non pour leurs opinions politiques. Il a aussi assuré que la justice malgache est indépendante et que le gouvernement n'intervient pas dans les procédures judiciaires.

Le ministère des Affaires étrangères a ensuite publié un communiqué pour donner sa version des conclusions du sommet. Selon la diplomatie malgache, les différentes missions d'évaluation de la SADC ont conclu que les personnes détenues sont poursuivies pour des infractions de droit commun et non pour des motifs politiques. La riposte s'est également poursuivie sur le terrain politique. Le président de l'Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, a relayé sur les réseaux sociaux le discours officiel, en rejetant lui aussi l'existence de détenus politiques à Madagascar.

Pourtant, la notion de prisonnier politique est clairement définie par les organisations internationales de défense des droits humains. Elle ne concerne pas uniquement les personnes emprisonnées pour leurs opinions. Elle inclut aussi les prisonniers d'opinion, les opposants arrêtés à cause de leur engagement politique ou de leur participation à des manifestations, ainsi que les victimes d'arrestations arbitraires. Dans ce dernier cas, des infractions de droit commun sont utilisées pour justifier l'incarcération d'une personnalité jugée gênante pour le pouvoir. C'est cette situation qui est régulièrement évoquée dans plusieurs affaires concernant des responsables de l'opposition à Madagascar.

Face à ces questions sensibles, qui risquent d'alimenter encore le débat politique, certains partisans de la Transition réclament le retrait de Madagascar de la SADC. Une telle option paraît toutefois difficile à mettre en œuvre. L'ancien président Marc Ravalomanana a rappelé que Madagascar ne pouvait pas se passer de la communauté internationale. Selon lui, le pays a besoin de ses partenaires régionaux et internationaux pour soutenir son développement économique et préserver sa crédibilité diplomatique. Une position qui montre que, malgré les désaccords actuels avec la SADC, Madagascar reste étroitement lié à ses partenaires régionaux et internationaux.

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