Insécurité : des mesures fortes annoncées, mais toujours après les drames

À défaut d'une mesure préventive efficace, les autorités malgaches semblent une nouvelle fois contraintes de réagir après les drames. À la suite de la découverte des corps sans vie de deux personnes signalées disparues en moins d'une semaine, confirmant la recrudescence inquiétante des enlèvements et figeant une partie de la population dans la terreur et l'indignation, le gouvernement annonce de nouvelles mesures « fortes ». Le Conseil des ministres, réuni mardi, a ainsi adopté plusieurs (…) - Société

Insécurité : des mesures fortes annoncées, mais toujours après les drames

À défaut d'une mesure préventive efficace, les autorités malgaches semblent une nouvelle fois contraintes de réagir après les drames. À la suite de la découverte des corps sans vie de deux personnes signalées disparues en moins d'une semaine, confirmant la recrudescence inquiétante des enlèvements et figeant une partie de la population dans la terreur et l'indignation, le gouvernement annonce de nouvelles mesures « fortes ». Le Conseil des ministres, réuni mardi, a ainsi adopté plusieurs mesures sécuritaires, tandis que le Premier ministre a indiqué attendre, dans l'immédiat, un rapport d'évaluation de la situation.

Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a en effet annoncé que les ministères concernés présenteront, ce mardi ou mercredi, un rapport sur l'évolution de la situation sécuritaire, notamment concernant les affaires de meurtres et d'enlèvements. Selon lui, ce bilan permettra d'évaluer l'impact des actions déjà engagées et de déterminer si ces actes criminels sont en recul ou s'ils continuent de se multiplier. Le chef du gouvernement a également assuré que « toute personne impliquée, sans exception, sera poursuivie » et qu'« aucun traitement de faveur » ne sera accordé. Il a, en outre, averti qu'aucune intervention destinée à protéger un proche ou à entraver le cours de la justice ne serait tolérée.

En parallèle, le Conseil des ministres a adopté plusieurs mesures destinées à renforcer le dispositif sécuritaire : la réactivation de l'Office des Transmissions Militaires de l'État (OTME), qui sera chargé de gérer les caméras de surveillance déjà installées ainsi que celles qui viendront compléter le réseau dans la capitale, ainsi que la création d'une « Task Force » spécialement dédiée à la lutte contre les kidnappings, une nouvelle structure appelée à coordonner les opérations contre ce phénomène qui continue d'alimenter un profond sentiment d'insécurité au sein de la population.

En moins de quarante-huit heures, deux corps sans vie ont été retrouvés après des signalements de disparition. Mardi matin, celui du Dr Hortencia Mandrosovoatra, portée disparue dans la nuit de lundi à mardi à Andranomafana, a été découvert. Quelques jours plus tôt, c'était celui de Ny Aina Liantsoa Andriamasinavalona, un jeune homme qui devait prochainement soutenir son mémoire, retrouvé mort après plusieurs jours de recherches. Ces deux drames, loin d'être des cas isolés, ont provoqué une profonde indignation, mêlée à une véritable terreur au sein de la population. Sur les réseaux sociaux comme dans les rues de la capitale, les appels à des mesures concrètes se multiplient, tandis que de nombreux citoyens disent ne plus se sentir en sécurité, y compris dans leurs déplacements les plus ordinaires.

L'annonce de ces décisions soulève toutefois une interrogation de fond, liée notamment au manque d'anticipation des autorités et, surtout, à l'efficacité des déclarations de fermeté déjà formulées par le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, ainsi que par le Premier ministre. Il y a un peu plus d'une semaine, le colonel Michaël Randrianirina avait défié les auteurs de ces crimes, les invitant à s'en prendre à lui « s'ils sont des hommes », plutôt qu'aux enfants malgaches. Le gouvernement avait, de son côté, déployé un millier de membres des forces mixtes pour effectuer des rondes dans les quartiers de la capitale.

Ces déclarations et ces mesures n'ont pourtant pas empêché le phénomène de se poursuivre. Les citoyens réclament désormais des actions concrètes et des résultats tangibles de la part des autorités, comme l'avaient récemment demandé la Conférence des évêques de Madagascar (CEM) et le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM). Cette fois-ci, les organisations de la société civile montent également au créneau. Le mouvement Women Break the Silence, engagé dans la lutte contre les violences, appelle les autorités à faire de la sécurité une priorité nationale. Le collectif réclame un renforcement des actions de prévention, des mécanismes d'alerte et de recherche déclenchés dès les premières heures suivant une disparition, une accélération des enquêtes ainsi qu'une réponse immédiate à chaque signalement.

-----