Tchad : l’indiscipline scolaire, un défi partagé entre l’école et les familles

Au Tchad, l'indiscipline scolaire menace la formation des futurs cadres. Une responsabilité partagée entre écoles, familles et société est nécessaire pour restaurer l'autorité et préparer l'avenir du pays.

Tchad : l’indiscipline scolaire, un défi partagé entre l’école et les familles
Tchad : l’indiscipline scolaire, un défi partagé entre l’école et les familles

Par Katchibé Mapagne

Au Tchad, l'école traverse une crise silencieuse mais profonde. Dans de nombreux établissements, l'effritement de la discipline compromet directement la formation des futurs cadres du pays. Face à cette urgence nationale, la responsabilité doit être partagée entre l'école, les familles et l'ensemble de la société.

Insolence envers le corps enseignant, bagarres fréquentes, usage abusif des téléphones portables en classe, dégradation du matériel scolaire et actes de violence : ces comportements, autrefois marginaux, se multiplient aujourd'hui. Ils inquiètent fortement les enseignants, les directeurs d'établissements ainsi que les parents d'élèves.

Cette réalité préoccupante n'est plus un secret. Dans plusieurs lycées et collèges de N'Djamena comme dans ceux de l'intérieur du pays, les cours sont régulièrement perturbés. Des enseignants témoignent d'un climat devenu lourd, où maintenir l'attention, l'ordre et le respect relève parfois de la prouesse. Face à des élèves de plus en plus réfractaires à l'autorité, de nombreux professionnels de l'éducation se sentent démunis, malgré l'existence de règlements intérieurs et de sanctions prévues.

Pourtant, la famille demeure le premier lieu de socialisation de l'enfant. C'est à la maison qu'il doit apprendre le respect de l'autorité, la valeur de l'effort, la discipline et les limites à ne pas franchir. "Aujourd'hui, enseigner devient de plus en plus difficile. Certains élèves n'acceptent plus les remarques ni l'autorité des enseignants. Parfois, un simple rappel à l'ordre provoque des insultes ou des comportements agressifs. Sans l'accompagnement des parents à la maison, l'école seule ne peut pas corriger tous ces écarts", nous dit Michel Ngardiguina, enseignant de français dans un lycée de N'Djamena.

"Beaucoup de parents sont absorbés par les difficultés économiques et ne suivent plus suffisamment leurs enfants. Les téléphones et les réseaux sociaux influencent énormément les élèves aujourd'hui. Nous devons reprendre notre rôle éducatif et collaborer davantage avec les enseignants pour préserver l'avenir de nos enfants", affirme Amina Moussa, parent d'élève rencontrée à Walia Barrière (N'Djamena).

Or, de nombreux parents, confrontés aux difficultés économiques, aux lourdes charges familiales ou encore au manque de temps, délèguent entièrement cette mission à l'institution scolaire. Résultat : certains élèves grandissent sans repères clairs. Ils se retrouvent exposés, sans véritable encadrement, aux influences extérieures, notamment les réseaux sociaux et les mauvaises fréquentations, sans être suffisamment sensibilisés à l'importance de leur propre éducation.

L'école, à elle seule, ne peut porter toute cette responsabilité. Son rôle est certes essentiel pour transmettre des connaissances et inculquer des valeurs de civisme, de discipline et de vivre-ensemble. Cependant, elle accueille des enfants qui arrivent parfois en classe avec des bases éducatives déjà fragilisées.

Lorsque les repères ne sont pas solidement construits au sein de la famille, l'école se retrouve en première ligne face à des comportements difficiles à corriger. Un système éducatif affaibli par une indiscipline chronique risque inévitablement de produire des citoyens mal préparés aux exigences du monde moderne.

Cette situation appelle aujourd'hui une prise de conscience collective. Ni l'école ni les parents ne peuvent réussir de manière isolée. Une collaboration étroite et régulière devient indispensable à travers plusieurs actions concrètes :

- Renforcer le suivi scolaire des élèves par des rencontres régulières entre parents et enseignants;
- Instaurer un dialogue permanent avec les adolescents afin de mieux comprendre leurs difficultés;
- Redynamiser les associations de parents d'élèves;
- Multiplier les campagnes de sensibilisation sur l'importance de la discipline et du respect des règles scolaires.

L'avenir du Tchad se joue chaque jour dans les salles de classe. Pour un pays qui aspire au développement, restaurer l'autorité scolaire et renforcer la responsabilité parentale constituent une urgence nationale. L'heure n'est plus aux simples constats, mais à l'action concertée.