Tchad : l'agriculture, un levier économique pour le pays
L'agriculture tchadienne, pilier économique, se développe malgré les défis climatiques. Avec des innovations et un potentiel inexploité, elle pourrait transformer l'économie et réduire la dépendance au pétrole.

Par Idriss Abdelkerim
Au Tchad, l'agriculture demeure l'un des piliers essentiels de l'économie nationale. Dans un pays où plus de 70 % de la population vit en milieu rural, la terre représente bien plus qu'une simple activité économique. Elle est une source de survie, d'espoir et de stabilité sociale.
Malgré les effets du changement climatique, les difficultés d'accès aux financements et le manque d'infrastructures modernes, les producteurs tchadiens continuent de faire des zones agricoles de véritables moteurs de développement.
Le Tchad dispose d'environ 39 millions d'hectares de terres cultivables, mais moins de 10 % sont exploités de manière intensive. Cette situation montre l'immense potentiel agricole encore inexploité. Aujourd'hui, les autorités misent sur ce secteur pour réduire la dépendance au pétrole et renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Dans les provinces du Lac, du Mayo-Kebbi, du Ouaddaï et du Chari-Baguirmi, les cultures maraîchères connaissent une forte progression. L'oignon, la tomate, le gombo et surtout la pastèque deviennent des produits très recherchés sur les marchés locaux et sous-régionaux.
La pastèque, symbole d'une agriculture rentable
Dans la province du Ouaddaï, particulièrement autour d'Abéché, la culture de la pastèque connaît une croissance spectaculaire. Certains producteurs expliquent qu'un hectare peut produire entre 10 et 15 tonnes selon les techniques utilisées et la qualité de l'irrigation.
Pendant la haute saison, les ventes augmentent de près de 60 % sur les marchés locaux. Dans certaines zones, des commerçants écoulent jusqu'à 200 pastèques par jour, générant des revenus importants pour les familles rurales.
"Avant, nous dépendions uniquement du mil. Aujourd'hui, grâce à la pastèque, nous payons la scolarité des enfants et nous investissons dans d'autres cultures", témoigne fictivement Amina Abdelkerim Idriss, jeune maraîchère à Abéché. Cette dynamique attire de plus en plus de jeunes diplômés vers l'agro-business.
Dans certaines localités du Lac Tchad, les cultures de contre-saison représentent déjà près de 35 % des revenus agricoles familiaux.
L'oignon tchadien s'impose dans la sous-région
Dans le Mayo-Kebbi Ouest, la culture de l'oignon est devenue l'une des activités agricoles les plus rentables. Grâce aux zones humides et aux techniques d'irrigation artisanales, des milliers de producteurs pratiquent cette culture durant la contre-saison.
Aujourd'hui, l'oignon tchadien est exporté vers le Cameroun, le Nigeria et la République centrafricaine. Cette filière représente environ 26 % des revenus maraîchers dans plusieurs provinces du sud-ouest du pays. Cependant, malgré cette progression, les difficultés restent nombreuses. Le manque de chambres de conservation entraîne parfois jusqu'à 30 % de pertes post-récoltes, réduisant considérablement les bénéfices des producteurs.
### Le Lac Tchad, laboratoire de l'agriculture moderne
Dans la province du Lac, les producteurs développent progressivement des méthodes innovantes pour faire face aux changements climatiques. L'utilisation des polders, des digues et des systèmes d'irrigation permet aujourd'hui de produire toute l'année.
Les rendements agricoles ont été multipliés par trois dans certaines zones ; plus de 8 000 hectares ont été aménagés en sept ans ; les productions de maïs, de gombo et de légumes augmentent fortement pendant la saison sèche. L'irrigation solaire commence également à transformer les habitudes agricoles.
Dans plusieurs villages riverains du Lac Tchad, des forages alimentés par l'énergie solaire permettent désormais aux agriculteurs de cultiver même en période de sécheresse. "Avant, nous attendions la pluie. Aujourd'hui, nous pouvons irriguer nos champs presque toute l'année", explique fictivement Abba Saleh, jeune technicien agricole dans la province du Lac.
Une agriculture confrontée aux défis climatiques
Malgré ces avancées, le secteur agricole tchadien reste fragile. Les sécheresses, les inondations et les retards de pluie affectent fortement les récoltes. En 2025, certaines zones ont enregistré un déficit céréalier estimé à 3,8 %. Autour du Lac Tchad, la montée inhabituelle des eaux détruit régulièrement des champs de sorgho, de melon et de pastèque. Plusieurs producteurs ont perdu des hectares entiers de cultures.
À cela s'ajoutent : le faible niveau de mécanisation ; le manque de routes agricoles ; l'accès limité aux semences améliorées ; et les difficultés de financement des jeunes agriculteurs. Face à la baisse progressive des revenus pétroliers, de nombreux économistes considèrent désormais l'agriculture comme la principale alternative économique du Tchad.
Les autorités ambitionnent de doubler la production agricole d'ici 2030 grâce à la modernisation, à l'irrigation et à l'industrialisation du secteur. Les spécialistes estiment que si seulement 50 % des terres irrigables étaient exploitées, le Tchad pourrait devenir l'un des plus grands producteurs agricoles de la sous-région.
Aujourd'hui, dans les campagnes tchadiennes, une nouvelle génération d'agriculteurs croit en cette transformation. Entre innovation, agriculture durable et entrepreneuriat rural, l'agriculture tchadienne apparaît désormais comme un secteur stratégique capable de nourrir la population, créer des emplois et soutenir durablement la croissance économique nationale.